Jordan playing keyboard live


De ses débuts dans le classique jusqu’à son statut actuel d’icône du rock progressif, le claviériste et pionnier du son Jordan Rudess a toujours suivi son instinct d’innovation pour créer quelques-unes des musiques les plus avant-gardistes de ce siècle. En plus de son rôle dans Dream Theater et Liquid Tension Experiment, Jordan a également enregistré et joué avec toute une variété d'artistes, dont David Bowie, Vinnie Moore, Steve Morse et bien d'autres. Nous avons récemment discuté avec Jordan de son parcours unique, de la Juilliard School à Dream Theater, et nous avons découvert la façon dont il trace sa route en créant de nouveaux instruments révolutionnaires et en établissant des liens directs avec ses fans par le biais du streaming et des cours de musique.

Jordan Candid

Qu’est-ce qui inspire et influence le plus votre façon d’aborder le clavier ?


Quand j'ai quitté Juilliard, je me suis ouvert à beaucoup d'artistes au-delà du monde classique. J’aimais beaucoup Chick Corea, qui nous a malheureusement quittés récemment. Même si je n’ai jamais été un grand fan de jazz fusion, l’un de ses albums en particulier, Now He Sings, Now He Stops, a été déterminant pour m'ouvrir à de nouvelles possibilités en matière d'accords et de rythmes. Mon inspiration la plus forte est venue de Keith Emerson et de l'album Tarkus qu'il a fait avec Emerson Lake and Palmer. C’était la première fois que j’entendais cette puissance et ce pouvoir que pouvaient donner des claviers. Rick Wakeman et Patrick Moraz m’ont également influencé. En ce qui concerne les groupes, certains groupes de l'époque ont été des influences majeures qui m'ont amené là où je suis aujourd'hui, comme Genesis, King Crimson, Yes et Gentle Giant, des groupes de rock progressif extraordinaires. J’ai vu plusieurs concerts de Gentle Giant, que je trouvais tellement cool. Ils jouaient tous de différents instruments et il y avait beaucoup de contrepoint. C'était assez époustouflant parce qu'il n'y a pas assez de contrepoint dans le rock.

Music is something that is so beautiful and nobody should be denied the right to make as much music as they want to make."

Jordan Rudess

Vous avez non seulement repoussé les limites de l'interprétation et de la composition musicale, mais vous êtes également connu pour vos utilisations innovantes de la technologie dans la musique. Grâce à votre travail avec Wizdom Music, vous avez contribué à l’élaboration de nouveaux instruments et logiciels musicaux. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la création de nouveaux instruments et comment cela a-t-il influencé votre propre musique ?


L’une des choses qui ont vraiment changé ma vie a été la découverte du synthétiseur Moog, plus précisément du Minimoog. J'ai dû convaincre mes parents de trouver un moyen de me procurer un Minimoog. C'est à cette époque que j'ai commencé à quitter le monde classique et à m'intéresser à d'autres choses. Ce synthétiseur a vraiment changé ma vie. J’ai réalisé que j’avais une forte connexion avec l’art d’exprimer des idées sonores en tournant des boutons et en écoutant le son changer. J’ai pris de plus en plus conscience de la façon dont le son se produit. L’état d’esprit électronique est très différent de l'état d’esprit acoustique, et il offre un tout nouveau monde de possibilités. Je me suis passionné pour le jeu sur le Minimoog et l'exploration de la synthèse. Cela m’a conduit à constamment m’intéresser et à m’impliquer dans le développement d'instruments. J’ai travaillé avec Korg et Kurzweil, programmé des sons pour leurs instruments et fait des suggestions sur la façon dont l'instrument devrait se comporter et fonctionner.

Beaucoup de choses ont rapidement progressé lorsque j'ai découvert le premier iPhone. Avant qu’il n’y ait de bonnes applis, je mettais juste ma main dessus et je bougeais les doigts en imaginant pouvoir les déplacer dans différentes directions, je savais qu’il y avait moyen de produire quelque chose de vraiment cool musicalement. C’étaient les débuts de l’App Store iTunes. J'ai trouvé un gars qui faisait de la programmation musicale. Je l'ai contacté et lui ai dit que j'avais une idée pour créer de la musique sur l'iPhone. Mon idée était une expérience tactile multipoint dans laquelle chaque note pouvait être jouée indépendamment et où vous pouviez appliquer des variations de hauteur ou un vibrato à une note mais pas à une autre.

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The app we ended up developing was called MorphWiz. Billboard voted MorphWiz as the #1 music app that year. It opened the door to being able to develop more ideas. So we did a sampling app called SampleWiz. Now I have an app called GeoShred. It’s a very expressive musical instrument that runs on iPad and iPhone, soon on Android.

I’ve used all of my apps in my own music. I used GeoShred in my rig on the last DreamTheater tour. I could play leads or introductions to different songs on it. I’m making these apps for the world but I’m also making them to use myself. It started with the interest in electronic music, then I became really passionate about how technology can further expressivity in music.

When you put these things out, you have no idea where they’re going to go. One of the most rewarding things about GeoShred is that its become such a real instrument that there are new musicians that are GeoShred players—that’s their main instrument! Especially in places like India, where they’re more sensitive to pitch, Carnatic musicians have a really advanced way of controlling pitch in a mixture of diatonic and fretless scale systems. GeoShred really allows that kind of playing like nothing else. It has this really intelligent pitch bending. So I see videos of people playing GeoShred in India and it blows my mind because they’re doing amazing things—things that I can’t do myself! It’s really rewarding.

Jordan playing a cool keyboard

La technologie moderne a permis aux musiciens de travailler ensemble, mais à distance, sur des enregistrements de studio. Comment abordez-vous ce type de collaboration ? En quoi cela diffère-t-il de l'enregistrement collectif en studio ?


Parfois, on me demande de faire des solos sur les albums d’autres artistes et je le fais généralement à distance. J’ai également travaillé sur des albums très importants, j’ai fait deux albums en trio avec Tony Levin et Marco Minnemann, tous deux réalisés à distance ; nous avons travaillé dans nos propres studios en échangeant des fichiers. Nous n'avons jamais été ensemble et ça a très bien marché. C’est bien d’être dans son propre studio, de pouvoir se concentrer et faire ce que l’on a à faire. La technologie réseau s'est tellement améliorée. Il est encore difficile de faire un bœuf en temps réel via une connexion Internet. Mais pour ce qui est de parler avec quelqu’un d’autre, de partager des idées en temps réel et d’enregistrer des pistes, tout est passé au niveau supérieur.

Jordan playing live with Dream Theater
Jordan with his L-20

Quelle est la configuration de votre home studio ?


En ce qui concerne le streaming, j'ai commencé avec mon iPhone, je le posais sur le côté de mon piano et j'utilisais le micro intégré. C’était bien, mais je voulais que cela devienne plus sérieux. Cela m'a amené à parler aux gars de Zoom de leurs caméras. J'ai acheté deux caméras Q2n et j'ai appris à faire du streaming de base. Puis j'ai décidé que je voulais plus de caméras pour avoir une variété d'angles. Certains de mes flux sont avec un piano à queue Steinway, d’autres avec mes synthétiseurs. C’était pénible de devoir tout reconfigurer. Je voulais avoir des caméras prêtes à tourner. J’ai donc maintenant cinq caméras Zoom dans la pièce, ce qui me permet d’être prêt à lancer le streaming à tout moment. J'ai une Q2n qui fait face à mon clavier, un plan large de tout le Steinway, quelques caméras dédiées à mes synthétiseurs. C’est un tout, maintenant.

Jordan with Q2n-4k

Comment a-t-elle évolué au cours de votre carrière ?


Puis j’ai réalisé que j’avais besoin d’un système audio direct, qui me permette de passer rapidement et facilement d’une configuration à l’autre, et qui rende l’ensemble transparent. J'ai demandé à mon ingénieur ce qu'il en pensait et il m'a recommandé le mélangeur LiveTrak L20. Cela a été un « plus » incroyable pour mon studio. Si je veux faire un flux piano et voix, ou si je veux faire un flux de synthé, je n’ai qu’à rappeler la scène que je veux et cela active/désactive les canaux nécessaires, ajoute les effets que je veux, et tout est prêt. C'est tellement transparent. Je l’adore -– il m’a vraiment simplifié la vie.

Je l’aime tellement que j’ai acheté un deuxième L20 pour ma salle d'enregistrement. J’ai une pièce séparée dans laquelle j'enregistre mes albums. J’aime pouvoir jouer en direct avec tous mes claviers, mais aussi travailler sur mon ordinateur et savoir que tout est envoyé au bon endroit. Avec le L20, je peux aller dans mon studio, décider du travail que je veux faire, appuyer sur un bouton et j'y suis. C’est idéal lorsque la technologie vous aide et fonctionne bien. La vie est géniale.

Aujourd’hui, une grande partie de mon travail se fait à l’aide d’un ordinateur et de logiciels, mais cela dit, j’utilise et j’apprécie toujours les différents claviers. Je ne peux pas le nier, j'aime être entouré de claviers. Je me réveille tous les matins et je me dis : « Waouh, je vais encore pouvoir jouer avec mes synthés aujourd’hui, belle journée en perspective ! »

Pouvez-vous nous en dire plus sur des projets récents ou à venir qui vous enthousiasment ?


Le 26 mars sort un album très sympa et très attendu de Liquid Tension Experiment. C’est probablement l’album le plus attendu que j’aie jamais fait, car nous n’avons littéralement pas sorti d’album depuis 22 ans.

Par ailleurs, pendant cette période de confinement, j’ai terminé un album de musique contemplative pour piano qui sera très bientôt disponible sur les plateformes numériques. Tout est terminé musicalement, j'attends juste les graphismes. Cet album s'appellera A Chapter In Time. La musique reflète notre période, c’est donc une musique douce et méditative, à base de piano.

En ce moment même, nous enregistrons un nouvel album de Dream Theater et ça se passe très bien. On s'amuse beaucoup. Il ne sortira pas avant l’automne prochain, il faudra donc attendre un certain temps, mais nous sommes vraiment très satisfaits de la musique que nous faisons.



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Jordan at a piano with a F2

Quel genre de conseil ou d’inspiration donneriez-vous à quelqu’un qui veut faire carrière dans la musique ?

La musique est quelque chose de tellement beau que personne ne devrait se voir refuser le droit de faire autant de musique qu'il le souhaite. C'est vraiment important d'organiser sa vie pour pouvoir faire de la musique. Mais tout le monde doit gagner sa vie. Les jeunes musiciens doivent comprendre que gagner sa vie avec la musique est l’une des choses les plus dures à faire. Cela peut être difficile à croire pour la plupart des gens, il est donc bon de le comprendre avant de se lancer.

Q2n on a piano


Avoir le plaisir de pouvoir faire de la musique ne signifie pas nécessairement que vous devez en faire un métier. Réfléchissez à la manière dont vous pouvez organiser votre vie pour gagner l'argent dont vous avez besoin et avoir le temps de faire de la musique. Il est important de suivre son cœur. J'ai toujours fait ça.

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Jordan Rudess

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